© 2006 Aude & Benoît. All rights reserved.

Conversation à Tibet Charity

Nous lisons dans Contact un appel au bénévoles pour donner des heures de conversation anglaise à de jeunes Tibétains. Pas besoin d’être là à long terme : il ne s’agit pas de cours suivis mais de rencontres plus ou moins informelles. Nous nous rendons donc à Tibet Charity, un grand bâtiment près du temple. Jigme nous reçoit, ravi de voir des volontaires. Il nous explique le fonctionnement de l’école : le matin, les élèves reçoivent des cours d’anglais (là, les profs (qu’ils soient enseignants ou pas dans la vie) s’engagent sur le long terme : il faut rester au moins trois mois), ils sont répartis par niveau. L’après-midi, on leur propose des cours de conversation, toujours par niveau. Les bénévoles manquent et il arrive par conséquent que les enseignants du matin se retrouvent à faire les heures conversation l’après-midi. Nous proposons nos services à Jigme pour la durée de notre séjour. Il y a trois ou quatre enseignants. Américains pour la plupart, mais il y a aussi une française, Elsa.

Pour le premier jour, nous nous partageons un groupe d’un niveau intermédiaire. Le but de ces heures de conversation est certes de faire pratiquer l’anglais aux élèves mais également d’échanger sur nos modes de vie respectifs. Nous sommes aussi curieux les uns que les autres d’en savoir plus sur ce sujet. Ce premier groupe est tout à fait sympathique. Nous nous présentons et nous faisons se présenter les élèves (une demi-douzaine, assis en arc de cercle face au tableau blanc) un à un. Il pleut des cordes à l’extérieur et le tonnerre gronde. Chacun nous raconte son histoire. Tous sont nés au Tibet et ont passé la frontière dans des conditions toujours difficiles : les patrouilles de l’armée chinoise guettent, il faut donc que les réfugiés marchent la nuit, parfois sur des glaciers pendant des jours et, bien sûr, sans équipement. Nyima avait six ans lorsqu’il est passé au Népal, grâce à une tante qui est venue le chercher et a dû le cacher dans un sac. Ils ont la vingtaine et cherchent du travail. Sans famille, ils vivent seuls ou chez des gens. Leur niveau d’anglais varie, mais ils veulent tous parler (certains plus que d’autres, et on ne comprend pas toujours ce qu’ils veulent dire !).

Lorsqu’on aborde le sujet de la « cause tibétaine », humanité et non-violence sont les maîtres-mots. Ils ont une grande conscience des causes des problèmes du monde. Des années d’enseignements du Dalaï Lama ont porté leurs fruits. On a parfois l’impression qu’ils récitent une leçon bien apprise après des années d’endoctrinement. Mais peut-on critiquer les efforts du Dalaï Lama, qui font de ces jeunes des êtres humains ouverts sur le monde et la modernité tout en étant farouchement attachés à leur culture, pleins de tolérance, de respect et de compassion pour tout ce qui vit, et conscients du monde dans lequel ils vivent ? Ce ne sont pas que des paroles, nous en avons devant nous la preuve vivante.

A partir du deuxième jour, nous avons chacun notre groupe. Benoît garde le groupe intermédiaire et Aude, qui a plus de pratique, prend les débutants. Il s’agit comme toujours d’échanger des idées tout en abordant des points grammaticaux et de vocabulaire. Pas de tableau pour Aude qui fait son cours dans le hall d’entrée, faute de place. Elle écrit sur des feuilles de papier. Moines, nonnes et laïcs sont mêlés dans les groupes comme dans la société tibétaine. Nous apprenons les difficultés à trouver du travail, les goûts des uns et des autres, leurs loisirs (deux nonnes aiment regarder Mr Bean à la télévision le dimanche, d’autres aiment voir leurs amis, aller boire le thé au troquet du coin, jouer au foot etc.). Nous parlons de notre vie en France, les préjugés de chacun sont mis à l’épreuve. Tout cela dans une ambiance très détendue. Nous rions beaucoup. Certains élèves, dont un moine qui veut devenir traducteur pour traduire les textes sacrés, s’expriment avec aisance. Ils aident leurs camarades qui ont plus de difficultés, en faisant la traduction (nous nous heurtons là aux difficultés d’enseigner une langue étrangère à un groupe avec lequel nous n’avons pas de langue commune). La plupart sont timides, il faut les encourager, simplifier, leur donner confiance. Les questions vont des préférences alimentaires à des sujets plus complexes du genre : « qu’est-ce qui est le plus important pour toi dans la vie ? » ou « quelle différence vois-tu entre le christianisme et le bouddhisme ? » – questions que nous ont posé les élèves et pour lesquelles il nous a fallu un certain temps de réflexion avant de répondre !

Beaucoup d’élèves se servent d’Internet (il y a de nombreux cyber cafés dans le village), nous leur laissons donc notre adresse électronique. Nous sommes toujours en contact avec certains d’entre eux, dont Phuntsok, un moine du Karnataka en visite à McLeod et Nyima, un charpentier qui a enfin trouvé du travail à McLeod, après avoir tenté sa chance à Delhi.

Notre (courte) expérience à Tibet Charity nous a tellement enthousiasmés que nous avons pour projet d’y retourner pour nous engager à plus long terme. Tibet Charity n’est pas la seule école proposant divers cours (anglais bien sûr, mais aussi informatique et, parfois, français) à McLeod. Le centre Lha en propose aussi. Les élèves paient selon leurs moyens, tous les enseignants sont bénévoles.

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publiée sur le site.
Champs obligatoires:*

*

dix-neuf + 17 =