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Le Khana Nirvana Café

Sur la route du temple, à l’étage. Ambiance mexicaine, rouge brique et bleu, plantes vertes, grandes tables en bois, coin avec des coussins, balcon, jeux de société. L’endroit est tenu par des tibétains, on ne sait pas d’où leur vient cette inspiration mexicaine ! Tout est de très bon goût en tout cas. Carte mexicaine, elle aussi, et végétarienne. Eau filtrée que l’on peut acheter au litre, toujours dans un souci d’éviter les bouteilles. L’autre particularité de ce lieu, et non des moindres, c’est qu’il propose des soirées autour de la cause tibétaine.

Nous avons la chance d’assister à la projection d’un documentaire sur la rébellion tibétaine au Tibet. Des nonnes qui ont participé à des manifestations pacifistes témoignent. Elles décrivent de façon tout à fait éloquente et émouvante leur engagement pour la liberté de leur peuple. Elles n’ont rien à perdre, même pas la vie. Leur résistance physique à la torture, aux coups et aux privations est extraordinaire. Elles décrivent les conditions de vie dans les camps chinois. Leur compassion et leur détermination se complètent et sont sans faille. Toutes ont été violées et torturées (avec de l’électricité). Certaines sont mortes.

Un autre soir, nous venons écouter un ancien prisonnier politique. Poète et éditeur au Tibet d’un journal en tibétain (rien que cela est considéré comme subversif), il a été emprisonné à plusieurs reprises. Paradoxalement, pas pour ses activités d’éditeur ou de poète (son journal était toléré par les autorités), mais parce qu’il avait en sa possession un CD d’enseignements du Dalaï Lama – CD qu’il a prêté à des amis, ce qui a alourdi sa peine. Une autre fois, il a été arrêté pour avoir photographié les autorités chinoises en train de déforester. Certains Tibétains sont arrêtés parce qu’ils ont tenté d’avoir accès à des chaînes occidentales via le satellite. Le « bouquet » autorisé est très restrictif, et ce pour tous les chinois (idem pour les possibilités de recherche sur Internet avec des moteurs comme Google, grands collaborateurs de la dictature). Certains ont entendu dire que la BBC diffusaient des émissions sur ou avec le Dalaï Lama, et ont donc tenté de bidouiller leur satellite. Mais la police veille et surveille…

Il nous parle de l’éducation au Tibet, des droits de l’homme qui ne sont pas respectés. Une police des grass land a été instaurée, soi-disant pour protéger les bergers nomades des bandits. En fait, cette police tue les animaux pour s’amuser, viole les femmes, pille les campements etc. L’état veut sédentariser les nomades, soi-disant pour qu’ils aient accès à l’éducation, pour les « libérer » de leurs traditions « obscurantistes ». Mais c’est en fait pour accélérer le processus d’acculturation.

Le pire dans les peines de prison, nous dit-il, c’est la période de « détention » (c’est à dire d’interrogatoire musclé) avant le jugement. Elle peut durer des mois. Après, les prisonniers sont souvent envoyés dans des camps de travail (Mathieu Ricard, dans Le Moine et le philosophe, dit à ce propos qu’ 1/3 des produits made in China qui envahissent les marchés mondiaux seraient fait par des prisonniers dans ces fameux camps de travail – pas étonnant qu’ils soient si bon marché ! A quand la délocalisation dans les camps ?!).

Tous ont une histoire terrible à raconter. Mais ils sont combatifs et mettent toute leur foi en le Dalaï Lama – sa personne et son action.

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