Vers Shingo

Huit heures, le deuxième jour. Il fait déjà chaud. Le soleil brille. Il nous accablera dans quelques heures. Les caravanes poursuivent leur chemin dans la vallée de la Markha. Le chemin vers Shingo suit un cours d’eau, la vallée est encaissée et verte. Il monte doucement et est bordé de rosiers sauvages et de saules. Cette fois-ci, pas moyen de se tromper : il n’y a qu’un sentier, qui coupe le ruisseau à divers endroits. Nous consultons tout de même souvent la boussole et demandons à tous ceux que l’on croise (qui, eux, descendent : ce trek se fait habituellement dans l’autre sens) si nous sommes sur la bonne route. Les guides sont étonnés de voir que nous voyageons sans caravane. Nous remarquons que les guides font le trajet en moitié moins de temps que les touristes, qui suivent toujours derrière, à la traîne. Un petit vieux avec des mules nous devance, nous le retrouvons dans une buvette.

IMG_1420 IMG_1418Milieu de journée. Nous nous arrêtons pique-niquer à l’ombre des saules. Les parties ombragées sont très peu étendues : les saules ne sont pas hauts et ressemblent davantage, à cette altitude, à des buissons ou des rejets qu’à des arbres. Heureusement que nous pouvons nous y abriter. Il fait très chaud, le soleil cogne dur. Nous profitons du ruisseau, qui se sépare en plusieurs bras, pour mouiller nos chapeau et nous asperger le visage. Il y a moins de poussière que la veille.

Le sentier monte de façon un peu plus abrupte, mais cela reste supportable. La route semble interminable. Aude a le souffle court et, parfois, l’idée folle que si l’on s’arrête le temps de récupérer, cela sera ça de moins sur le trajet. Nous multiplions les pauses, pour manger, pour boire, pour reprendre notre souffle ou dans une buvette.

IMG_1454 Des champs d’orge, quelques ânes, des moutons et des chèvres pashmina annoncent l’arrivée à Shingo (4200 mètres d’altitude). Le hameau est construit à flanc de montagne. Il semble qu’il a fallu la rogner pour construire les maisons. En fait, en y regardant de plus près, les bâtiments en suivent les contours rugueux. Il y a deux maisons. Celle de Nawang Padma est la plus grande et la plus belle, enduite de chaux et percée de nombreuses fenêtres.

IMG_1433 Toute la famille nous accueille. Notre chambre est très grande, décorée de posters de stars de Bollywood (Indiens moustachus, genre gitan) et de bébés blancs, affublés de chapeaux qu’on croirait tirés du tiroir d’une vieille Anglaise. Rose pour les filles, bleu pour les garçons. Nous retrouverons ces posters étonnants dans la plupart des maisons. Tapis au sol, pour s’asseoir et dormir, tables basses traditionnelles. La maîtresse de maison (Padma, elle aussi ?) nous sert du thé, des gâteaux secs et du yaourt de yak (ou de brebis ?). Délicieux.

Promenade aux alentours (nos étapes sont assez courtes pour nous permettre de profiter du lieu et de la présence de nos hôtes, dont nous ne voulons toutefois pas déranger les activités habituelles). Aude écrit le carnet de voyage, Benoît part observer un troupeau de bêtes à cornes (sorte de mouflons, apparemment).

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Il fait chaud. La nuit, les moustiques sortent et un âne se met à braire toutes les deux-trois heures.

Repas

Dans les hameaux reculés du Ladakh comme à Leh, les repas sont préparés avec les légumes du jardin. Epinards, navets, carottes ou choux, tout est bon, accompagné de riz, de dhal (lentilles corail) ou toutes sortes de pâtes faites maison tenthuk, avec ou sans épices (la nourriture ladakhie, contrairement à celle du reste de l’Inde n’a pas souvent recours aux épices, comme la tibétaine). Bien que les ingrédients soient un peu partout les mêmes, chaque repas est étonnamment différent.

Nous dégustons des bouillons au gingembre, légumes et nouilles, du riz aux légumes sautés etc. Certaines de nos hôtesses sont particulièrement intéressées de savoir ce que nous avons mangé chez leurs lointaines voisines ! Pour le petit déjeuner, nous avons droit à des chapatis, que nous tartinons de beurre frais et de confiture industrielle (souvent aromatisée à la mangue) semblant provenir de stocks militaires ou accompagnés de champignons et oignons revenus. Une fois, nous dégustons des pooris, qui nous rappellent le sud. Le curd (yaourt) est excellent. Le thé est consommé à tous moments de la journée. Nous avons la plupart du temps droit à un thermos entier, dont la maîtresse de maison surveille le niveau, toujours prête à le remplir. Le thé est la plupart du temps au lait, sucré. Cela fait du bien, l’air est tellement sec. A Rumbak, on nous sert du thé au beurre salé. Contrairement à celui que nous avions goûté à Leh, celui-ci est bien plus fort. La première tasse est bonne mais, passée la curiosité, cela devient vite écœurant. Le goût fort du yak et le sel… Notre hôtesse nous en fournit malheureusement un plein thermos, que nous n’osons refuser mais que nous ne toucherons pas. Le goût est tenace !

Pour le pique-nique du déjeuner, on nous emballe des chapatis, le plus souvent à la confiture, dans du papier aluminium. La façon d’agencer les sandwiches est parfois source de problèmes : dans l’une des maisons, le frère est mis à contribution pour trouver l’ordre d’empilement idéal. Nous nous retrouvons alors avec un chapati dont on a beurré une face, empilé sur un autre qu’on a badigeonné de confiture. Pris séparément, il manque toujours un ingrédient !

Nous apprécions l’application de nos hôtes à faire bouillir et filtrer l’eau. Chaque maison dispose d’une fontaine filtrante, vraisemblablement fournie par le Snow Leopard Conservancy. Une fois, cependant, notre hôtesse fait bouillir l’eau trop tard le matin et ne la filtre certainement pas : nous partons donc les gourdes pleines d’une eau chaude (ha, si nous avions eu des sachets de thé !) qui mettra la journée à refroidir et qui gardera un goût de beurre de yak, vraisemblablement hérité du récipient dans lequel l’eau a été bouillie. Inoubliable !

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