Vers Skiu

Pour la première étape, deux chemins s’offrent à nous. L’un, relativement plat, longe la rivière en la surplombant. Il semble carrossable, bien qu’aucun véhicule ne puisse y accéder. De l’autre côté de la rive, une vraie route est en construction. On imagine d’avance les camions traversant cette vallée calme et désolée. Le second chemin, plus rude et poussiéreux, s’enfonce dans les montagnes arides. Il fait beau, l’immense ciel est inlassablement bleu. Il fait chaud et sec aussi, terriblement. Chacun de nos pas soulève de la poussière. Nous avons bien fait de prévoir beaucoup d’eau et des chapeaux. L’endroit est désertique. Après quelques centaines de mètres de montée, on arrive sur un plateau. Pas une touffe d’herbe ; uniquement de la rocaille. Une toile blanche tendue entre quelques piquets dans le lointain. Nous la passons (c’est une buvette, tenue par deux femmes qui filent de la laine en attendant les clients) sans nous y arrêter, ce que nous regrettons ensuite : elles sont là pour les quelques touristes de passage, autant faire marcher le commerce local. Mais, nous ne le savons pas encore, nous aurons l’occasion d’y revenir. Sur notre gauche : un torrent plus étroit que le Zanskar, plus bleu aussi, un vrai torrent de montagne dans lequel on a envie de se plonger pour se rafraîchir. Une vallée fertile s’ouvre dès sa rencontre avec le Zanskar. Saules et rosiers sauvages forment une oasis qui serpente dans une vallée qui s’enfonce, en suivant la rivière.

IMG_1392 Erreur de novices en matière d’orientation, la fatigue du premier jour aidant, nous ne nous rendons pas compte que ce torrent bleu est la Markha, que nous pensons avoir dépassée plus tôt (mais, plus tôt, même si nous étions dans les montagnes, nous n’avons pas croisé ni vu de rivière !). Le hameau que nous cherchons, Kaya, est bien indiqué, mais il ne semble être composés que d’amoncellements de pierres formant des foyers pour voyageurs de passage. Nous l’apprenons ce jour-là à nos dépends : les hameaux ladakhis sont très vastes et leurs maisons sont dispersées. Après avoir fait le tour de l’endroit et persuadés que nous ne devons (et pourrons) pas traverser le torrent, nous rebroussons chemin. Une heure de marche inutile, nous sommes fatigués et pas très rassurés.

Seul repère sur ce plateau pelé : la buvette. Les deux femmes parlent à peine l’anglais, elle nous font signe que Kaya est bien « là-bas », d’où nous venons. Heureusement, un couple de trekkers, français, se désaltère avec son guide. Eux aussi se rendent à Kaya et nous proposent de les suivre. Ouf ! Après un bon thé, nous repartons. Le chemin monte dur dans les cailloux. Nous discutons avec Laetitia et Vincent, le souffle un peu court parfois. Comme beaucoup de jeunes trekkers, ils n’ont pas d’expérience de randonnée en France. Ce ne sont pas des amoureux de la montagne comme beaucoup d’alpinistes plus âgés peuvent l’être : ils veulent avant tout voir des paysages sauvages et rencontrer les gens du coin. Leur périple relève davantage du tourisme que de l’aventure. Leurs destinations de prédilection sont loin des Alpes et des Pyrénées : Bolivie et maintenant Inde. En bonne forme physique, ils se sont un peu entraînés à marcher en forêt, mais rien de plus. Comme nous.

Nous remontons ensuite la vallée le long du torrent bleu, la légendaire Markha, empruntée tous les étés par de nombreux trekkers. Les premières maisons de Kaya sont enfin en vue. Nos compagnons de route s’arrêtent là, leur guide établira le campement au bord de la rivière, dans un pré. Nous devons continuer jusqu’à Skiu, qui est encore et toujours plus loin. Notre première hôtesse est Padma Dolkar. Nous demandons à diverses personnes si elles la connaissent. On nous indique que sa maison est « la dernière du village ». Oui, mais comment savoir quelle est la dernière, dans ce paysage où les maisons sont très éloignées les unes des autres ? Nous trouvons enfin Padma, qui travaille aux champs. Elle nous accueille avec le sourire et nous montre notre chambre, sur le toit-terrasse, rudimentaire : on a à peine la place de circuler entre les matelas étendus au sol. Mais, par la grande vitre découpée en une multitude de carrés, la vue est superbe. Contraste typique entre la rocaille et le vert de la vallée avec, en plus, le bleu de la Markha. Le soir, le ciel étoilé, sans nuage et loin des lumières de la ville, s’offre à notre contemplation. Ce n’est que lorsque ces conditions sont réunies que l’on se rend compte du nombre infini d’étoiles et que l’on peut voir la Voie Lactée si précisément. Les étoiles sont en si grand nombre, apparemment si proches les unes des autres, que le ciel est entièrement illuminé, transpercé de toutes parts. Le noir n’est qu’un arrière plan, réduit à la portion congrue. La nuit est douce. Les couvertures sont presque de trop

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