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Vie dans les hameaux isolés du Ladakh

Le parc national d’Hemis, nous raconte un trekker britannique qui sillonne le coin depuis plus de vingt ans, n’a de protégé que le nom, essentiellement pour que les habitants puissent y faire paître leurs troupeaux. Les hameaux sont enclavés et pauvres. Il y a cinquante ans, le Ladakh était le grenier du Tibet. A présent, il reçoit des tonnes de nourriture subventionnée et les Ladakhis vendent à perte. Le développement des homestays (chambres d’hôtes) est, selon notre compagnon d’un soir qui a l’air d’en connaître un rayon sur la question, une bonne chose. Cela permet de sensibiliser les locaux à l’environnement et cela leur fournit l’argent nécessaire pour envoyer leurs enfants à l’école, organiser la collecte des déchets, rénover les monastères.

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La plupart des enfants de ces hameaux reculés vont donc à l’école à Leh, où ils sont en pension (il existe toutefois de petites écoles primaires locales, comme à Skiu). Les hommes, eux-aussi, sont souvent à la ville où ils travaillent pour espérer gagner un peu plus d’argent. Restent les femmes, qui s’occupent des champs et jardins ainsi que des visiteurs, accompagnées de leurs jeunes enfants. Les familles ne sont pas (plus ?) très nombreuses : deux ou trois enfants, rarement davantage.

A Shingo, une jeune fille de 17 ans nous raconte qu’elle va au lycée à Leh et qu’elle ne rentre que pour les vacances (les « grandes vacances » étant dans cette région l’hiver, lorsque toutes les routes sont coupées et qu’on ne peut plus circuler). Pour rentrer chez elle et en toute saison, elle prend le bus depuis Leh jusqu’à Chilling, puis marche jusqu’à son village. Elle met moins de temps que nous, cela va sans dire, qu’elle prenne des raccourcis ou qu’elle marche très vite – ou les deux ! Elle apprend l’anglais à l’école. Elle est timide et n’ose pas nous dire ce qu’elle voudrait faire plus tard, souriant en se cachant le visage. Une vieille femme, qui semble être la grand-mère, est là aussi. Elle regarde sa petite fille baratter le beurre. Elle est percluse de rhumatismes et a des difficultés à s’asseoir par terre. Mais cela ne semble pas la déranger outre mesure : elle ne grimace pas, ne paraît pas se plaindre et a l’œil espiègle. Elle accepte sa condition sans se poser de questions.

A Yurutse, la famille est également presque exclusivement composée de femmes. Un chat roux dort sur les genoux de la grand-mère ; la mère et la jeune belle-sœur, pas encore mariée, s’occupent des enfants et du repas. A leur mariage, les femmes quittent la maison de leurs parents pour s’installer chez leur mari et sa famille. Certaines viennent d’autres vallées pour se marier : les communautés sont minuscules.

Nos hôtesses ne mangent pas avec nous. Elles nous servent, nous regardent pour voir si tout va bien, tout en se tenant à l’écart. Elles sont ravies de voir que nous apprécions leur cuisine, saine, simple et savoureuse. A Rumbak toutefois, nous réussissons à persuader notre hôtesse, plus jeune, de dîner avec nous. C’est l’occasion d’en connaître un peu plus sur la famille. Elle a cinq frères : trois militaires (dont les photos sont fièrement affichées), un moine et un muletier. Une famille ladakhie typique, en somme.

L’été, les femmes travaillent aux champs et filent la laine. L’hiver, elles tricotent toutes sortes de choses, que ce soit pour la consommation personnelle de la famille ou, de plus en plus, pour vendre aux voyageurs de passage. Nous le découvrons un peu tard : il règne une grande concurrence entre les maisons et, si l’on achète chez quelqu’un d’autre que notre hôtesse, on nous demande de lui cacher nos achats. A Rumbak, ayant commencé nos emplettes dans une autre maison (dont nous pensions, parce qu’il y avait une pancarte, qu’elle était la seule à vendre de l’artisanat !), nous décidons d’honorer notre hôtesse. Nous voilà donc en possession de divers bonnets aux motifs Jacquard, de chaussettes épaisses, en laine de mouton ou de yak (plus douce et plus chaude) et même de gants en cachemire. Le tout pour une somme si dérisoire que nous manquons à la tradition du marchandage.

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