Désobéissance civile et Liberté

Sans le vouloir, on se fait des journées à thème. Ca a commencé par une petite visite vers Wall Street et ses Indignés locaux. Campement dans « Liberty Square » (c’est pas des tentes Quechua mais c’est la même idée !). Au programme : autogestion, ateliers, recyclage, sensibilisation, cuisine commune, musique, bouquins et slogans. Les flics et les télés suivent ça de près, ainsi qu’un hélico qui surveille la zone en permanence. Mais l’ambiance est très détendue (une dame rencontrée dans un café nous avait déconseillé d’y aller avec Samuel… c’est mal connaître les habitudes revendicatrices françaises !). On sent l’ébullition, ça discute, ça crée, ça agit. Ca change de l’hyperactivité des cols blancs de la Bourse toute proche. Et bien sûr, ça attire les touristes qui (comme nous…) se bousculent pour prendre des photos.

En allant à Union Square, passage obligé en ce qui nous concerne à la Tibet House, qui combine musée et centre culturel. On retrouve toujours les mêmes : elle a été fondée grâce à la générosité de personnalités comme Allen Ginsberg, Patti Smith, Richard Gere et… Philip Glass. Nous visitons l’expo d’artistes tibétains exilés aux USA. C’est la première fois que nous voyons des oeuvres tibétaines contemporaines. Certaines pièces sont très réussies. Si on avait 15 000 $ à investir (et de la place dans le sac à dos !), on s’en serait bien prise une ! On sympathise avec la dame de l’accueil, Samuel tombe sous le charme du sourire et de la gentillesse tibétains et n’arrête pas de se marrer quand elle lui fait des papouilles.

Le soir même, nous avons pris la direction du Metropolitan Opera (à bord d’un taxi jaune hélé dans la rue pour faire couleur locale) pour la première d’une nouvelle production de Satyagraha, opéra en trois actes et trois heures en sanskrit (!) de Philip Glass (encore lui !) sur Gandhi et le début de son engagement en Afrique du Sud. On y croise Tolstoï, Tagore, Krishna et Martin Luther King ; des géants de papier journal armés de parapluies (la presse des colons anglais) se battant avec des géants faits de paniers en osier (le petit peuple). Superbe mise en scène et partition sublime, le public a apprécié et s’est levé pour applaudir toute l’équipe et Glass, qui est passé à l’improviste.

La salle du Met est immense, impressionnante, moderne mais chaleureuse avec ses tons cuivrés. Le public plutôt classes supérieures (vu le prix des places, 440$ pour les meilleures…) mais d’allure diverse, du type en noeud pap’ à celui en jean-chemise-baskets en passant par l’excentrique aux fringues improbables.

Pour finir la thématique, visite de la Statue de la Liberté aujourd’hui, sous un soleil radieux. La sécurité étant toujours à son comble depuis le 11 Septembre, en particulier à l’embarcadère, on a voulu nous confisquer le couteau de poche (accompagné d’une fourchette et cuillère qui nous servent pour écraser les bananes de Samuel) qu’on avait pris avec nous… Pointilleux mais pas bornés, les gardes ont laissé ressortir Aude (puis revenir sans avoir à refaire la queue) pour qu’elle le mette quelque part. Oui, mais où ?! Heureusement, il y a des parterres de fleurs tout autour de l’embarcadère… endroit tout choisi pour y fourrer un canif ni vu ni connu… et le récupérer quelques heures après !

Miss Liberty, en marche avec son flambeau, est toujours aussi impressionnante. Le drapé de sa robe est particulièrement réussi. Et le vert-de-gris sur ciel bleu très photogénique. Petit tour ensuite sur Ellis Island, où débarquaient les immigrés venus chercher une vie meilleure. On retrouve bien l’ambiance de ce lieu (à la fois quarantaine, centre de détention et tremplin vers la nouvelle vie) et l’état d’esprit dans lequel ces gens ne parlant pas anglais et ayant investi tout leur argent dans ce voyage vers l’inconnu devaient se trouver.

Retour à Wall St ensuite. Près du camp des Indignés, autour de la Bourse, les rues sont fermées. Ca, on l’avait vu. Mais aujourd’hui une foule se presse dans une rue bloquée. On entend des cris, comme des slogans, et des bruits, comme des tirs. Il y a de la fumée. Une émeute ? Une manif en train de mal tourner ? Pas du tout, nous dit un policier (qu’on a eu du mal à croire au début, pensant qu’il se fichait de nous ou essayait d’atténuer la capacité de nuisance des manifestants) : il s’agissait tout simplement du tournage du nouveau Batman !! Pas de complot de l’Etat américain pour étouffer la révolte : on a bien vu les voitures de police estampillées « Gotham City » garées devant la Bourse !

One Comment

  1. Kévin Q.

    Tournage de Batman dans Wall Street ! ça c’est une anecdote purement américaine que vous pouvez glisser dans votre carnet d’anecdotes qui ne manquera pas d’être fourni d’ici 90 jours… Ravi de lire votre enthousiasme, bises à tous les trois!

    Kévin