La forêt enchantée

Dans l’après-midi, on lève l’ancre et on met le cap au nord-ouest. Point de chute : la forêt de Waipoua. En chemin, on s’arrête au bord de la route pour prendre des photos. Là, un gars du coin qui passait en voiture interpelle Benoit pour lui indiquer une petite route qui abouti sur un superbe point de vue (Katui Reserve). Trop sympa, ces Kiwis. On n’est pas déçus du détour : pâturages vallonnés qui descendent jusqu’à la mer.

On avait repéré un camping en plein coeur de la forêt. On y arrive en fin d’aprèm. A l’entrée, un groupe de Maoris qui habitent à côté nous disent de nous installer, qu’on verrait pour l’inscription et le paiement. On constate que c’est souvent comme ça : les gens font confiance. Il n’y a pas de personnel sur le camping qui est géré par le syndicat d’initiative à 300m de là. On pensait pouvoir vider nos eaux usées et avoir l’électricité, mais là encore, c’est très sommaire. Cela dit, il y a des douches chaudes (ce qui nous permet de n’utiliser nos réservoirs que pour le bain de Samuel) et une cuisine commune. Il y a quelques camping-cars autour de nous, mais c’est très calme. On n’entend que les bruits de la forêt (apparemment, il y a des kiwis (les oiseaux !) dans le coin, mais on ne connaît pas leur cri, donc on peut pas vous dire…).

Avant de se coucher, on essaie de voir à peu près ce qu’on voudrait faire en fonction du nombre de jours que l’on a. Entre l’île du nord et l’île du sud, il y a de quoi faire et il va falloir faire des choix. D’autant que, comme en Corse, il ne faut pas se fier aux distances : les routes sont très sinueuses et il y a du relief. On prend la bonne résolution de mettre moins de temps à décoller le matin.

Manque de bol, Samuel décide de nous faire une grasse mat’ (c’est lui notre réveil-matin) et on se lève à 9h. Mais ça fait du bien de dormir. On se rend à l’office du tourisme (il n’y a rien d’autre à part ça : on est vraiment au coeur de la forêt) et on récupère une carte des balades à faire. Là encore, accueil très chaleureux. La forêt fait partie des terres qui ont été rendues aux tribus maoris par le gouvernement. Comme pour les Navajo aux USA, c’est eux qui gèrent l’endroit et y habitent. Sauf qu’ici, ça fait pas du tout « réserve ».

L’attraction principale de cette forêt tropicale, c’est les kauri, des arbres immenses de la famille des araucarias. Leur tronc est tellement grand qu’ils ont été presque tous abattus par l’industrie du bois coloniale au XIXème, mais il en reste quelques uns de très anciens dans cette forêt. Nous voilà donc partis à la rencontre de ces arbres mythiques. Il faut montrer, littéralement, patte blanche avant de pénétrer dans la forêt de kauri : on doit se brosser les semelles et les asperger de désinfectant, pour éviter d’apporter des spores ou autres bêbêtes qui pourraient détruire ces géants. Car ils sont apparemment très fragiles et leurs racines toutes frêles. La visite se fait donc sur des sentiers aménagés, très agréables, que l’on n’a pas le droit de quitter (la forêt est de toutes façons tellement dense qu’on ne pourrait pas s’y aventurer).

Dans le sous-bois humide, odeur de mousse, lichens et champignons sur les troncs d’arbres, plantes tropicales qui chez nous se trouvent en miniature dans nos pots de fleurs, fougères arborescentes. On rencontre quelques kauri, déjà très impressionnants par leur hauteur et la taille de leur tronc. On se demande comment vont être les plus gros… Et puis, au détour d’un chemin, les voilà. Il y a Te Matua Ngahere, le Père de la Forêt, deuxième plus gros kauri vivant. Impressionnant. Hauteur : 32m. Circonférence du tronc : 16m ! Incroyable. Il règne un silence de cathédrale parmi les quelques touristes (la plupart Allemands et Japonais). Paradoxalement, les branches des kauri sont courtes, ça fait un effet baobab. Sur un autre sentier, on croise Yakas Kauri, le 7ème plus grand kauri. Puis plus loin, Tane Mahuta, le plus haut (mais moins large que Te Matua Ngahere) de tous. Difficile de savoir de quand ils datent exactement, mais ils sont probablement deux fois millénaires. Epoustouflant.

Au retour, on s’arrête vers Opononi, plus au nord : superbe baie presque fermée par une grande dune et donc protégée des rouleaux de la Mer de Tasman. Là, on est impressionné par la pure beauté du paysage. On est entre la dune du Pyla et le Cap de la Chèvre. Comme en Bretagne, la forme de la végétation a été façonnée par le vent dominant. Mais il n’y a pas de falaise : les collines de verdure se jettent dans la mer. On se promène un moment, Samuel dort malgré les bourrasques (c’est sont côté Marseillais).

C’est la fin de la journée. Plutôt que de continuer jusqu’à Whangarei (et donc arriver tard) où on avait repéré un camping avec tout le confort, on s’arrête à Kaikohe, où on tombe sur un camping tenu par Lindal et sa femme (accueil décidément super, on se présente, on se sert la main, on discute) où on est les seuls sur une pelouse tondue de près. Supermarché à deux pas et traiteur chinois (ça tombe bien, on a la flemme de cuisiner). Il y a l’électricité et une salle de bains, mais pas de quoi vider notre réservoir maintenant bien plein. Lindal nous indique un point de vidange dans le village et nous voilà installés. En plus, il y a des sources thermales pas loin…