Lost in Cape Tribulation

On aurait pu intituler ce chapitre « Welcome to the Jungle » ou bien « Jurassic Park ». Plus de 30° et de 90% d’humidité. Après une nuit dans un camping désert de Port Douglas (vive la piscine !), en bordure de forêt (on vous dit pas les bruits et cris d’animaux… faut y réfléchir à deux fois avant de se lever en pleine nuit pour aller aux toilettes…), on prend un bon petit déjeuner dans un café à l’allure de maison japonaise à côté et on prend la route vers Cape Tribulation. Deux heures de trajet, toujours la même route (c’est la même depuis Sydney, elle change juste de nom), avec ses nids de poules et ses travaux.

On traverse la rivière sur un bac qui remonte le long d’un filin. De l’autre côté, c’est la jungle. Une route sinueuse traverse la Daintree Forest. On est tout de suite informés de la présence des fameux casoars, qui peuvent traverser la route à tout instant. Mais pour le moment, ces drôles d’oiseaux sont le dernier de nos soucis : il pleut des cordes. Une bonne grosse averse tropicale (après tout, on est en forêt humide : rain forest en anglais) qui s’éternise. Les essuie-glaces tournent à plein régime et on se demande si la route ne va pas bientôt être inondée (des ruisseaux sortent de la forêt et traversent la voie). Mais les autres automobilistes n’ont pas l’air de s’alarmer (et on se dit qu’ils auraient arrêté le bac s’il y avait eu des risques). En fait, c’est un jour comme un autre sous les tropiques…

On zieute quand même partout pour voir si un casoar ne profiterait pas d’une accalmie pour se dégourdir les pattes. Et bingo : on en voit un qui picore au bord de la route. Le temps de s’arrêter et de faire demi-tour, il était évidemment déjà retourné dans les fourrés. Mais on aura eu au moins cette vision fugace, explosion de bleu et de rouge sur fond noir.

On continue jusqu’au bout de la route. Ca a un air de bout du monde. A partir de là, le chemin qui remonte Cooktown jusqu’à l’extrême nord du pays, est réservé aux 4×4.

Comme le temps ne semble pas se lever, on va directement au camping (en s’arrêtant au passage pour une dégustation dans une fabrique de glaces bio !). Il est situé sur la plage, juste derrière la rangée de cocotiers. Il y a un peu de monde. Les proprios sont très sympa et ils ont ouvert un bar : déco montée avec les trouvailles qu’ils ont faites sur la plage, terrasse couverte et tables en bois. On boit un coup, en jetant un oeil sur l’Open d’Australie qui est retransmis sur l’écran de télé (Gaël Monfils est en mauvaise passe…). Le soir, ils font des pizzas au feu de bois et les gens viennent de partout aux alentours pour les déguster et boire un pot.

La chance nous sourit et on profite de deux accalmies pour aller explorer la plage à marée basse. Les couleurs de fin de journée sont superbes. Samuel se jète à l’eau. Il n’y a pas de méduses, deux autres gars se baignent et d’autres pêchent, mais on apprendra plus tard qu’il ne vaut mieux pas s’aventurer dans l’eau : il y peut y avoir de crocodiles qui trainent… Car oui, pour couronner le tout, il y a des crocos d’eau de mer, ici ! Et pourquoi pas des requins d’eau douce, tant qu’ils y sont ?!

 

On fait ensuite une longue promenade. Il y a beaucoup de morceaux de corail qui ont été rapportés par la marée (c’est fou ce qu’il peut y avoir comme formes différentes). Après tout, la Grande Barrière n’est qu’à quelques encablures…

En fin de journée, on s’attable pour des pizzas. Ambiance très sympas, entre les photophores, les bruits de la forêt et les gens qui discutent. Bon, évidemment, l’endroit est infesté de moustiques et autres moucherons piqueurs. On se fait certes bouffer, mais ça aurait pu être pire : on a de l’anti-moustique et on arrive à ne pas en faire entrer dans le camping-car.

Le temps de préparer Samuel pour sa nuit, les pizzas arrivent. On pense pouvoir être tranquilles ce soir et, grâce à l’écoute-bébé, pouvoir boire une bière fraîche au bar pendant qu’il dort. Eh bien non : comme s’il savait, il choisit ce soir-là pour hurler et refuser de s’endormir. Entre la chaleur et les dents (une incisive du haut ne va pas tarder à sortir), il pète un plomb. Donc on finit notre pizza dans le camping-car et on va se coucher…

Le lendemain, le soleil est de retour. Il fait rapidement très chaud, et toujours très humide bien sûr. La marée est haute, donc la plage est impraticable. Après le petit dèj’, on part faire une balade dans la forêt. Alors, évidemment, on ne s’aventure pas n’importe où comme ça : il y a des chemins faits de pontons de bois. Beaucoup de moustiques, mais ils semblent davantage attirés par la capote noire de la poussette que par nous. La promenade est tout de même très agréable et permet de découvrir le sous-bois tropical, ses fruits étranges (violets, rouges, verts), ses mangroves, ses palmiers et ses lianes. On débouche sur la plage de Myall (c’est là qu’on voit un panneau prévenant de l’éventuelle présence de crocodiles…) et le Cap est juste là. Belle balade sur la plage, avec cette fois-ci les couleurs magnifiques de la Mer de Corail au soleil. Mais on aurait bien envie de se baigner…

On redécouvre la route au retour, avec sa plantation de thé, ses champs de canne et ses bananeraies. Pour revenir à Cairns, la route longe la mer (c’est la première fois depuis notre départ). Vue superbe et couleurs éclatantes à chaque virage.

Notre camping pour les deux prochaines nuits (et les deux dernières en Australie…) se trouve à une dizaine de kilomètres au nord de Cairns, à Lake Placid. On se jète dans la piscine dès notre arrivée. On pense ensuite se baigner dans le lac, mais déception : le « lac » est en fait une rivière aux eaux boueuses qui suit une gorge et avec, on vous le donne en mille… le risque de rencontrer des crocodiles ! A part quelques pêcheurs et des kayakistes (ils ont pas peur de se faire bouffer une pagaie…), il n’y a personne.

Nous rentrons donc au bercail pour préparer nos affaires pour le long trajet du retour. Le test : est ce que tout va rentrer dans les sacs ? Finalement (grâce à l’envoi de colis et autres délestages en cours de route), ça va. Voilà, tout est prêt !

On espère pouvoir vous redonner des nouvelles avant Marseille. En gros, voilà le programme : demain (lundi 23 janvier), journée masque et tuba sur un îlot corallien. Après-demain : départ vers Singapour, où nous restons trois jours. Retour à Marseille via une journée à Londres le 28 au soir.

Difficile de se dire que c’est fini et d’imaginer le retour à la maison !