Sous le sunlight des tropiques ?

On repart, toujours plus au nord. Il ne fait décidément pas beau du tout, ce qui nous inquiète pour notre excursion de deux jours à Fraser Island… Mais bon, on a réservé et notre timing est un peu trop serré pour pouvoir reporter, donc on y va.

La route est monotone est pas forcément jolie. C’est assez sec, herbes jaunes et eucalyptus fantomatiques. La route est pourrie, avec par endroit des ornières hallucinantes (c’est quand même une des routes principales du pays !) qu’ils réparent d’ailleurs par endroit (ralentissements jusqu’à 40 km/h, voire arrêt total…). Ca ressemble à une nationale assez étroite qui traverse les villes et des petits « villages » (une station service-café-aire-de-pique-nique). Plus on avance, plus on commence à voir des champs de canne à sucre qui bordent la route.

Arrivée à Hervey Bay par une immense et affreuse zone commerciale. Pas un super endroit pour passer ses vacances (mais apparemment populaire pour passer sa retraite : c’est une peu la Floride du coin…) mais c’est le port de départ principal pour Fraser Island. Les proprio du camping sont adorables, nous font un prix et nous proposent de garder le camping car pour une somme modique la nuit où on sera sur Fraser. Emplacement sous les flamboyants en fleurs : ce serait sympa s’il ne faisait pas si mauvais.

Le temps se gâte de plus en plus et il se met à pleuvoir. Tout le monde a les yeux rivés sur l’image satellite. Car oui, c’est la saison des pluies (ça, on avait un peu zappé… la bonne nouvelle c’est qu’il y a très peu de touristes et les campings sont vides) mais c’est aussi la saison des cyclones… gloups (le dernier en date, en février dernier, a fait des ravages). Conseil d’une petite dame qui a un emplacement près du nôtre (elle et son mari voyagent en caravane depuis 9 ans : à leur retraite, ils ont préféré la caravane à la maison pour aller là où le vent les mène) : « S’ils annoncent un cyclone, allez dans le premier motel venu qui ait l’air solide ! » Ca promet…

Le lendemain, on se lève aux aurores : le bus qui nous emmène au bateau passe nous chercher à 7h30. Il pleut… Armés de notre parapluie, de notre petit sac à dos, du porte-bébé, et du siège-auto on attend pour partir à l’aventure. Mais le bus tarde… Si en plus de la pluie on rate le bateau, on est mal ! Sur ce, la dame du camping sort en robe de chambre (!) et nous dit que le bus ne passe pas avant 7h30. « Justement, » répond Aude, « il est 7h40 ! ». « Non, il est 6h40 ! » « Quoi ??!! ».

Eh oui, le Queensland, qui est pourtant dans le même fuseau horaire que Sydney, ne passe pas à l’heure d’été… Ca faisait trois jours qu’on était en avance d’une heure ! Heureusement que c’était pas l’inverse… Bref, le bus vient finalement à l’heure et on prend le ferry en compagnie du chat local, qui passe sa vie sur le bateau, roulé en boule à nos pieds.

Arrivés à Fraser après 40 minutes de ferry, on fait la connaissance de nos compagnons de voyage pour les deux prochains jours (la plupart Allemands, des Britanniques, des Canadiens et un couple de Français) et de Steve, notre guide. Très sympa, le gars. Il est né dans le coin et en connaît un rayon sur tout ce qui touche à l’île. Pour faire vite, Fraser est la plus grande île de sable du monde, classée au patrimoine de l’humanité. Elle fait 100km de long et quelques dizaines de large. Elle n’est accessible qu’en 4×4 (d’où le tour organisé en bus de l’armée aménagé…) et est couverte de forêt et de lacs d’eau douce (une centaine). Avant d’être classée, ses forêts étaient exploitées. Maintenant, elle ne vit que du tourisme. Quelques Aborigènes de la tribu locale (les Butchulla, prononcer « Bijalla ») y vivent encore, mais à l’occidentale.

Steve nous donne le programme pour les deux jours et suit l’évolution de la pluie sur le site de la météo sur son iPhone. C’est pas gagné… On commence par une visite d’une partie de la forêt tropicale. La « route » (une bande de sable) est chaotique. Samuel est bien harnaché dans son siège-auto. La promenade est très belle et on est à l’abri de la pluie sous le feuillage. On marche le long d’un petit ruisseau à l’eau si claire qu’elle est invisible. Impressionnant. Le sous-bois résonne tellement du chant des cigales qu’on croirait que quelqu’un tourne et retourne un bâton de pluie géant en permanence. On marche sous les palmiers et les pile trees, qui ressemblent à d’immense pilonnes et dont certains ont été utilisé pour consolider les flancs du canal de Suez. Cette forêt était un endroit réservé aux femmes dans la culture des Butchulla : aucun homme adulte n’y était admis et c’est là qu’elles venaient accoucher.

On rentre déjeuner à l’hôtel et on repart en direction de la plus grande plage de l’île, qui fait une centaine de kilomètres. Ils l’appellent l’ « autoroute », car c’est là que circulent la majorité des 4×4 et la vitesse y est limitée à 80. Comme dit Steve : « Attention de pas vous faire renverser ! ». On s’attendrait pas à ça sur une plage… Premier arrêt à Eli Creek, embouchure d’une petite rivière aux eaux limpides encore quasi invisibles. Enfin, « petite » rivière par sa largeur, car en fait, ce sont 4 millions de litres d’eau qui se déversent toutes les heures en direct de la nappe phréatique. A peine croyable. S’il avait fait beau, on aurait pu se baigner, l’eau est très bonne et si douce… Quel dommage… On se contente de descendre le cours de la rivière à pied.

Direction ensuite Indian Head, à l’ascension duquel Steve accompagne quelques téméraires (dont Benoit) pendant que les autres attendent au sec dans le bus. Superbe vue panoramique depuis cette pointe où se trouve l’unique rocher de l’île (d’habitude, quand il fait beau, on peut voir des dauphins, des raies et même des requins (les eaux de l’île en sont infestées…) en transparence…). Il fait tellement un temps de chien que même les dingos qui peuplent l’île restent chez eux…


Dernier arrêt du jour :  l’épave du Maheno, un peu plus bas sur la plage. Navire qui s’est échoué là pendant la Première Guerre Mondiale. Steve nous fait voir des photos de l’évolution de son délabrement. C’est allé très vite, mais on est en même temps surpris de voir encore sa majestueuse carcasse rouillée après tant de temps. C’est une très belle vision sur cette grande plage, dans la brume et les embruns.

 Après le dîner, pris à l’heure australienne (avant 19h), on ne fait pas long feu et on se couche en espérant que demain il fasse beau…

Mais on entend la pluie tomber toute la nuit et quand on se lève, c’est pire que la veille. Maintenant, ce ne sont même plus des averses : il pleut en permanence. Steve ne se démonte pas et poursuit le tour comme prévu (heureusement qu’il est enthousiaste et qu’il nous remonte le moral : plus d’un serait sinon resté à l’hôtel ou reparti direct !). Il a gardé le clou du spectacle pour aujourd’hui, espérant que le temps se lève.

Nous partons visiter deux lacs, réputés magnifiques. Pour arriver au premier, il faut marcher 3/4 d’heure dans une forêt d’eucalyptus. La pluie n’est pas très forte, donc c’est plutôt agréable. On arrive sur une énorme dune au bas de laquelle s’étend un petit lac vert (c’est à l’origine une rivière que la dune a bloquée en formant un barrage au fil du temps) : Lake Wabby. L’eau est très bonne (plus chaude que l’air, en fait) et les poissons-chats qui la peuplent sont inoffensifs, nous assure Steve. On n’a pas fait tout ce chemin pour rester sur la rive : avec quelques autres, on se jète à l’eau. Même Samuel est de la partie, et il apprécie bien (on a oublié de précisé qu’à ce stade-là du séjour, il était évidemment devenu la mascotte du groupe…).

 

Retour à l’hôtel pour le déjeuner en intérieur, plutôt que le pique-nique prévu… Steve nous raconte que quand il fait beau, il fait parfois tellement chaud que les gens refusent d’aller à Lake Wabby. Au moins, nous, on n’aura pas eu ce problème…

Pour aller à Lake Mackenzie, pas besoin de marcher : il se trouve à 100m du parking. Là, quand on voit les cartes postales, c’est paradisiaque : eau d’un bleu lagon, transparente et claire ; sable blanc. Et là, malgré les nuages et la pluie (il pleut maintenant des cordes sans arrêt), eh ben c’est quand même pas mal bleu et transparent. On imagine ce que ç’aurait été sous le soleil… L’eau est très pure : c’est de l’eau de pluie (le niveau du lac est d’ailleurs bien haut…). Et le sable est composé à 98% de silice pure. Steve nous conseille de nous en passer dans les cheveux et sur tout le corps (« Vous ressortirez avec dix ans de moins ! »), donc tout le monde se baigne et se fait un peeling en même temps. Et c’est vrai : on a la peau et les cheveux hyper doux. Il y a des tortues (l’un de nos compagnons de voyage, qui s’est équipé de son masque et tuba, en voit une). C’est vraiment dommage qu’on n’ait pas pu voir ça sous le soleil et y passer plus de temps…

 

On rentre sur le continent en fin d’après-midi, un peu déçus d’avoir eu si mauvais temps mais quand même contents d’avoir vu de si beaux endroits. Encore une excuse pour revenir…